La Golatte, 20 octobre 2000: vernissage de l'exposition Caline Fauve

Etes-vous adeptes de "lèche-vitrines"? Pas seulement en ville, mais aussi face aux devantures plus modestes de nos villages? Si c'est le cas, vous vous souvenez certainement d'avoir vu, à la Grand-rue de Tavannes, là où se trouvaient naguère les studios de. RJB, des oeuvres exposées, de facture quelque peu mystérieuse.
Si vous êtes d'esprit curieux -et je n'en doute pas un seul instant puisque vous êtes présents ici, ce soir -vous avez voulu connaître le nom de l'artiste. Vous vous êtes donc penchés de plus près et vous avez découvert un prénom inhabituel, Caline, et un patronyme encore plus surprenant -Fauve.
Alors que le "Caline" emmène vers un univers de tendresse, sinon de, volupté, "Fauve" évoque les réflexes archaïques du chasseur, du prédateur, du félin à l'affût, de la beauté sauvage. Pourtant, malgré les apparences, "Caline" et "Fauve" ne sont de loin pas antinomiques. Les deux mots sont même, à notre avis, complémentaires. Il suffit d'observer les attitudes d'un félidé, guépard, tigre ou chat, pour y voir à la fois jouerie et détermination. De là à qualifier Caline Fauve de panthère, il y a un pas que nous ne nous permettrons pas de franchir.

Née à Bienne, le 19 juin 1952, Caline Fauve possède son domicile actuel et son atelier à Neuchâtel.
Depuis son adolescence, elle peint, à l'huile -technique qu'elle affectionne -, mais aussi au pastel, à l'encre ou selon des techniques mixtes. Elle recourt aussi à la gravure, à l' eau-forte, à la lithographie.
Une galerie d'Evilard lui a offert la première occasion d'exposer ses oeuvres. Elle avait alors 16 ans. Depuis, Caline Fauve a enchaîné les accrochages, un peu partout dans le monde: en Suisse d'abord, puis en France, à Cannes, à Paris, à Lyon, à Deauville, à Marseille, à Arles, à Aix-en-Provence ou encore à Bruxelles, à Rome, à New York, à Londres, à Osaka, à Turin.

Elle est titulaire de nombreuses distinctions. Le détail en figure sur le carton d'invitation à ce vernissage avec, entre autres, un titre de "Doctor Honoris Causa" décerné en 1997, en Belgique. Les oeuvres de Caline Fauve mêlent réalité et imaginaire; elles peuvent s'inspirer parfois de notions abstraites: la conscience, l'espoir, une attente, une révélation... L'artiste transpose ces abstractions dans des tableaux évoquant le rêve, conscient ou inconscient. D'autres oeuvres présentent des personnages allégoriques, mythologiques ou légendaires. Parfois, c'est la nature et ses reflets qui apparaissent sous une forme onirique et transfigurée: la forêt devient cathédrale, les pyramides ont une âme. Quant au corps humain, il devient ondes, courbes lyriques. Souvent il s'intègre à des mondes composites faits d'éléments minéraux ou végétaux qui baignent dans une atmosphère estompée et infinie.
L'exposition que la Golatte présente est faite d'oeuvres récentes de Caline Fauve. On y découvre une nouvelle manière et de nouvelles techniques, l'artiste poursuivant la recherche perpétuelle d'une nouvelle perfection, voire de La perfection. Pour qui vit constamment entre abstraction et concrétisation, exposer ses oeuvres est une manière de partager ses ressentis et son talent. Nous sommes les heureux convives de ce festin.

Jean-René Carnal